Gaza
« We did what we
could »
Une exposition de Médecins Sans Frontières
“We did what we could” documente la campagne génocidaire menée par
Israël dans la bande de Gaza, après les massacres perpétrés par le Hamas et d’autres groupes armés
palestiniens le 7 octobre 2023.
Cette exposition multimédia vise à donner un aperçu du siège, des
bombardements et des attaques indiscriminées sur la population gazaouie et sur les soignants, de la
destruction totale de Gaza et de son tissu social, ainsi que ses conséquences pour la population.
La première version de l’exposition « We did what we could » a été coproduite avec le Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre, où elle a été initialement présentée en octobre 2024. Elle a par la suite été enrichie pour retracer la seconde année de guerre. Les chiffres et informations qui y sont présentés couvrent la période comprise entre octobre 2023 et l’entrée en vigueur du troisième cessez-le-feu, début octobre 2025.
Cette exposition a été conçue par Clothilde Mraffko et Médecins Sans Frontières, avec le soutien de l’Agence France Presse.
- Production
- Médecins Sans Frontières
Prix Bayeux Calvados-Normandie
des correspondants de guerre - Commissariat d'exposition
- Clothilde Mraffko
- Conception artistique
- Aurélie Baumel
- Textes
- Andrea Bussotti, Clothilde Mraffko, Assia Shihab, Agnes Varraine-Leca
- Photographies
- Mohammed Abed/AFP, Omar Al-Qattaa/AFP,
Eyad Baba/AFP, Jack Guez/AFP,
Mahmud Hams/AFP, Karin Huster,
Ali Jadallah/Anadolu via AFP, Ben Milpas, Bashar Taleb/AFP, CICR, MSF - Montage vidéo
- Loïc Adrien, Gabrielle Floquet, Simon Rolin
Le 7 octobre 2023, les massacres commis par le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens font au moins 1
200 morts côté israélien ; 251 otages sont capturés. Depuis, Gaza est au cœur de l’actualité internationale.
Pourtant, Israël interdit à la presse étrangère d’y accéder. La mince bande de sable palestinienne, grande
comme l’agglomération de Caen, est coupée du monde. Les journalistes palestiniens
et les humanitaires, dont les employés de Médecins Sans Frontières, sont parmi les rares à pouvoir
témoigner de la campagne génocidaire qui s’y déroule à huis clos, du siège et des bombardements
israéliens, des attaques et de l’horreur du quotidien à Gaza. Plus de 67 000 Palestiniens y ont été
tués et près de 170 000 autres blessés entre octobre 2023 et octobre 2025.
Ces chiffres, largement
sous-estimés, ne prennent pas en compte les victimes indirectes de la guerre, notamment les milliers de
disparus toujours sous les décombres ou encore les personnes décédées de maladies chroniques faute d’accès
aux soins.
“We did what we could” retrace deux années de guerre à Gaza,
à
travers le regard des membres du personnel de MSF et de photographes de l’AFP, dont Mohammed Abed, un
photojournaliste gazaoui qui documente les activités de l’ONG depuis 2019.
Au cours de ces deux années, Israël a bombardé massivement, en continu, la bande de Gaza, tuant majoritairement des civils, principalement des enfants. Les humanitaires, le personnel de santé et les journalistes ont été particulièrement visés. Deux trêves, âprement négociées, leur ont apporté un bref répit, du 24 au 30 novembre 2023 et du 19 janvier au 18 mars 2025. Un troisième cessez-le-feu est entré en vigueur le 10 octobre 2025.
Les deux extrémités de la bande de Gaza, au nord et au sud, ont été rasées. Partout ailleurs les destructions sont colossales. À coup de bombardements, d’explosifs et de bulldozers, l’armée israélienne a remodelé le paysage de l’enclave, creusant des corridors, détruisant les champs et le patrimoine, traçant des no man’s land pour renforcer son contrôle sur ce petit territoire palestinien. Cette implacable destruction, associée aux déplacements forcés, aux bombardements qui ont souvent oblitéré plusieurs générations d’une même famille et à l'utilisation de la famine comme arme de guerre, ne laisse que peu de doutes quant aux intentions des autorités israéliennes : rendre Gaza invivable pour les Palestiniens. En septembre 2025, une Commission indépendante de l’ONU concluait qu’Israël était responsable du génocide commis à Gaza et qu’il existait une intention de détruire les Palestiniens de Gaza en tant que groupe.
Entre octobre 2023 et octobre 2025, au moins 565 humanitaires ont été tués à Gaza. Derrière l’objectif affiché d’éliminer totalement le Hamas, qui gouverne l’enclave palestinienne depuis 2007, Israël a méthodiquement détruit la plupart des institutions. Les Nations-Unies, et notamment l’UNRWA, l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens au Proche-Orient, ont paré au plus urgent mais ne peuvent pas remplacer un gouvernement et des administrations locales. Les restrictions israéliennes et le blocus de l’enclave empêchent les humanitaires d’apporter l’aide essentielle pour répondre aux besoins élémentaires des Gazaouis.
Israël s’est également employé à détruire le système d’aide en place depuis des décennies à Gaza. En octobre
2024, le parlement israélien a interdit les activités de l’UNRWA sur le territoire israélien comme dans les
territoires palestiniens occupés. Les autorités israéliennes ont ensuite imposé un siège total dès le 2 mars
2025, levé en partie près de 80 jours plus tard, avec une reprise extrêmement limitée et insuffisante de
l’aide humanitaire. Dans les semaines qui ont suivi, elles ont tenté de contourner l’ONU et les ONG
internationales en promouvant une obscure officine,
la Gaza Humanitarian Foundation (GHF). En deux mois,
entre fin mai et début août 2025, près de 1400 Palestiniens ont été tués en allant chercher de la
nourriture, dont au moins 859 vers les sites de la GHF, selon l’ONU. L’armée israélienne, après avoir nié
les faits, a reconnu à plusieurs reprises avoir tiré sur la foule affamée. En août 2025, après des semaines
de siège et d’entraves à l’aide, l’ONU a déclaré l’état de famine dans le gouvernorat de Gaza, dans le nord
de l’enclave, où se trouve la ville de Gaza.
Eux aussi affamés et bombardés, les membres du personnel de MSF, dont la plupart sont Palestiniens, ont été en première ligne de la guerre totale que mène Israël contre les établissements de santé. L’armée israélienne affirme que des combattants s’y cachent. Dans les hôpitaux, le personnel médical manque de tout et travaille sans relâche, jusqu’à l’épuisement. Chaque bombardement charrie des vagues de blessés auxquels s’ajoutent des malades chroniques et des patients qui souffrent du manque d’hygiène et de nourriture. Entre octobre 2023 et octobre 2025, quinze employés de MSF, tous Gazaouis, ont été tués à Gaza.
Les témoignages et photos que vous allez découvrir ont été recueillis dans des conditions dantesques : lors des afflux de blessés, des sièges des hôpitaux, par des soignants qui luttent contre la faim, la peur, l’épuisement, la douleur d’avoir perdu des êtres chers. Faute d’électricité et de connexion internet stable à cause de la destruction des principales tours de télécommunication par Israël, la plupart de leurs récits ont été envoyés via des messages vocaux enregistrés, les vidéos mettant trop de temps à charger. Ces documents sonores constituent de précieux témoignages sur le quotidien et les conditions de vie à Gaza, que les journalistes palestiniens ont couvert tout au long de ces deux années, souvent au péril de leur vie. Plus de 220 professionnels des médias ont été tués depuis le début de la guerre, selon un décompte publié par Reporters Sans Frontières le 1er septembre 2025.
Pour comptabiliser le nombre de morts et de blessés à Gaza, MSF s’est appuyée sur les chiffres du ministère de la Santé palestinien, qui sont aussi ceux repris par les Nations Unies. Face à la polémique autour de ce décompte, le ministère de la Santé a publié une note expliquant que les chiffres sont certifiés par ses fonctionnaires à Ramallah qui, eux, relèvent de l’Autorité palestinienne. Il a par ailleurs publié une liste des noms de dizaines de milliers de défunts, dont une grande partie sont identifiés via leur numéro d’identité. Cette liste peut être aisément vérifiée par les autorités israéliennes qui, en tant que puissance occupante, contrôlent la délivrance des papiers d’identité des Palestiniens. Une enquête menée par MSF et Epicentre, sa branche épidémiologique, auprès du personnel de MSF afin de comptabiliser les morts et les blessés dans leurs familles, a mis en avant des statistiques proches de celles du ministère de la Santé palestinien.
Deux ans d’errance
Ordres d’évacuations et déplacements forcés
La ville de Rafah, tout au sud de la bande de Gaza, comptait 270 000 habitants avant la guerre. Elle a
accueilli près d’un million et demi de personnes au début de l’année 2024, l’armée israélienne poussant
les Gazaouis toujours plus au sud. Les déplacés ont investi chaque espace disponible, comme on le voit
sur cette photo d’une plage près de la frontière égyptienne, prise le 16 janvier 2024.
En mai 2024, l’armée israélienne s’est emparée de Rafah. Habitants et déplacés ont alors tous fui. Les
militaires ont rasé la zone proche de la frontière égyptienne. En mars 2025, ils ont à nouveau détruit
méticuleusement des centaines d’hectares à coup de bulldozers et d’explosifs. Le 11 mai 2025, une
analyse du Monde montrait que 68% de la zone urbanisée de Rafah avait été réduite à des tas de gravats.
Les alignements des tentes de déplacés ont réveillé un traumatisme majeur de la psyché palestinienne : celui de la Nakba, la « catastrophe », de 1948. Un peu avant et après la création d’Israël, entre 700 000 et 900 000 Palestiniens ont été chassés de chez eux. Beaucoup se sont retrouvés en Cisjordanie, à Gaza, dans des pays limitrophes, entassés dans des camps de réfugiés semblables à celui qui figure sur cette photo, construit par le Comité international de la Croix-Rouge à Gaza. Dans l’enclave palestinienne, 70% de la population a le statut de réfugié. Beaucoup ont des ancêtres qui vivaient juste derrière la barrière, dans ce qui est aujourd’hui appelé en Israël « l’enveloppe de Gaza », cible des attaques du Hamas et d’autres groupes armés palestiniens le 7 octobre 2023.
En préparation de son invasion terrestre de la ville de Gaza entamée le 16 septembre 2025, l’armée israélienne a pulvérisé une large partie des grandes tours qui dessinaient la silhouette de la plus grande ville palestinienne - environ un million d’habitants. Ici, la tour Al-Ruya dans le quartier Al-Rimal, bombardée le 7 septembre 2025, à quelques centaines de mètres de tentes de déplacés. Le petit territoire palestinien isolé et sous blocus israélien depuis 2007 est l’un des plus densément peuplés au monde.
Durant la deuxième trêve, début 2025, les habitants qui sont retournés chez eux après avoir été déplacés ont découvert des quartiers entiers en ruine, de Jabaliya, dans le nord de Gaza, qu’on voit sur la photo de gauche, prise en février 2025, à Rafah, dans le sud, sur la photo de droite qui date de janvier 2025. Selon l’ONU, en septembre 2025, 78 % des bâtiments de la bande de Gaza avaient été partiellement ou totalement détruits.
À la suite de l’invasion israélienne de la ville de Gaza en septembre 2025, des milliers de personnes ont à nouveau été obligées de fuir dans le centre et le sud de l’enclave, où chaque mètre carré se négocie à prix d’or. Ces abris de fortune laissent l’eau s’infiltrer l’hiver et se transforment en fours l’été. Les déplacés, qui vivaient pour certains dans le confort de vastes appartements, sont obligés de partager les latrines avec des centaines d’autres personnes. Les femmes n’ont aucune intimité, elles sont constamment habillées et voilées. Ici, à Rafah, le 10 avril 2024, lors du premier jour de la fête de l’Aïd el-Fitr, qui marque la fin du Ramadan.
Qui, parmi les 2,3 millions de Palestiniens qui vivent à Gaza, n’a pas été déplacé pendant la guerre ? L’ONU estime qu’environ 90 % des Gazaouis ont été forcés de partir de leurs logements pendant la guerre. En deux ans, certains ont été déplacés plus d’une dizaine de fois. Ces déplacements massifs et arbitraires ont créé une crise humanitaire sans précédent.
Dès le 13 octobre 2023, les autorités israéliennes ont émis un ordre d’évacuation massif qui a poussé les
Gazaouis vers le sud de l’enclave.
Au cours du seul mois de mai 2024, lors de l’offensive israélienne à
Rafah, près d’un million de personnes ont dû partir.
Ce cycle d’offensives et de déplacements forcés s’est répété à de multiples reprises depuis le début de la guerre. À l’automne 2024, Israël a mené une opération aux allures de nettoyage ethnique dans l’extrême nord de la bande de Gaza en bombardant massivement la zone et en l’assiégeant. En un mois, près de 100 000 Gazaouis, soit plus de la moitié des habitants du nord, ont fui, majoritairement vers la ville de Gaza. Ceux qui sont restés ont été pris au piège des combats. En décembre 2024, l’un des employés de MSF a été tué dans un bombardement avec sa femme, ses trois enfants, ses quatre nièces et neveu, sa sœur et sa mère. En août 2025, Israël a de nouveau pilonné la ville de Gaza, avant de lancer une offensive terrestre mi-septembre. Plus de 400 000 personnes sont parties en un mois et demi.
Peu avant un bombardement, mais pas systématiquement, l’armée lance un ordre d’évacuation, via des tracts largués par avions, des sms et appels téléphoniques ou par les réseaux sociaux. Il faut alors se décider, vite. Rester, pour celles qui viennent d’accoucher, les familles qui ont des enfants en bas âge, qui n’ont nulle part où aller, pour les malades chroniques qui se savent à proximité d’aidants ou pour les plus âgés. D’autres choisissent de fuir, mais où ? Beaucoup vont vers les hôpitaux ou les écoles, espérant y trouver un peu plus de sécurité. Mais ces derniers sont également pris pour cible par Israël et sont devenus, au fil des mois, des champs de bataille.
Mi-octobre 2023, sans consulter les ONG ou l’ONU, l’armée israélienne a désigné Al-Mawasi, terrain de sable
situé à l’ouest de Khan Younès et Rafah, dans le sud, comme une « zone humanitaire » vers laquelle elle a
encouragé les déplacés à s’installer, malgré le manque d’infrastructures.
Le 20 février 2024, un tank israélien a tiré sur une maison abritant des membres de MSF et leurs familles à
Al-Mawasi, tuant deux personnes et en blessant six autres. Le 13 juillet 2024, une attaque qui visait
notamment deux responsables du Hamas dont son chef militaire, Mohammed Deif, a tué 90 Palestiniens et fait
300 blessés. Après la rupture de la trêve par Israël en mars 2025, en un mois, l’ONU a recensé 23 attaques
israéliennes à Al-Mawasi.
L’injonction tombe du ciel, sous la forme de tracts ordonnant d’évacuer la zone. Très souvent, les Gazaouis n’ont pas d’autres indications : aucune route n’est sécurisée pour leur départ et les bombardements peuvent débuter à tout moment.
En décembre 2023, juste après la fin de la première trêve, les Palestiniens de Gaza ont reçu des tracts sur
lesquels était imprimé un QR code.
Ce dernier renvoie à une carte : l’armée israélienne a divisé l’enclave
en centaines de petites zones portant chacune un numéro. Depuis, quand elle ordonne une évacuation, elle
publie une série de numéros qui correspondent aux blocs concernés. En octobre 2025,
l’ONU estimait que 82% de la bande de Gaza était dans une zone militaire israélienne et/ou sous ordre
d’évacuation.
Parfois, l’armée israélienne fait précéder ses bombardements d’une frappe qui sert à
avertir les habitants qui doivent fuir sur-le-champ.
Parfois, les bombes sont larguées sans prévenir ou les
militaires appellent l’un des résidents d’un immeuble qui doit vite réunir ses voisins. D’autres fois,
l’armée israélienne ordonne d’évacuer un bâtiment mais c’est celui d’à côté qui est finalement bombardé.
Depuis le début de la guerre, aucun endroit n’est sûr pour les civils dans l’enclave.
Le 19 janvier 2025, premier jour d’une trêve de deux mois, des Palestiniens marchent au milieu des ruines dans le centre de Rafah pour rentrer chez eux. Les hommes sont souvent partis les premiers, en éclaireurs, à pied. Le carburant manque en raison du siège. Les charrettes tirées par des ânes sont devenues un moyen de transport populaire, notamment pour acheminer des blessés.
Pour les déplacés, il a fallu faire entrer toute une vie dans quelques baluchons. Beaucoup avaient déjà sous la main un sac avec les documents d’identité, les diplômes, etc. Un réflexe hérité des guerres précédentes : Gaza en a subi quatre entre 2008 et 2021, en plus d’être régulièrement bombardée.
LES BLESSURES DE LA GUERRE
Les hôpitaux, lieux de soins et de refuge
Juste après un bombardement, les équipes de la défense civile palestinienne et du Croissant-Rouge sont les
premières sur place pour secourir les blessés et fouiller les décombres à la recherche de survivants. Sans
matériel, alors que les bulldozers manquent, sous les bombes, leur tâche est titanesque. L’armée israélienne
vise régulièrement des ambulances en affirmant cibler des objectifs militaires. Les télécommunications sont
très souvent coupées et retardent les opérations, parfois il n’y a plus d’essence pour faire rouler les
véhicules de secours et certaines zones sont interdites d’accès par l’armée israélienne.
Sur cette photo, un secouriste de la défense civile palestinienne tente de réanimer une personne blessée
lors d’une attaque israélienne le 16 octobre 2023 sur le parvis de l’hôpital Al-Shifa, le plus grand de
l’enclave. Cette institution, ville dans la ville, a été attaquée par Israël en novembre 2023 et en mars
2024, l’armée israélienne affirmant que le Hamas et le Jihad islamique l’utilisaient comme base
opérationnelle.
Selon l’OMS, une vingtaine de patients sont morts faute de soins lors du siège de l’hôpital en mars 2024. Le
bâtiment principal a été incendié et l’hôpital largement détruit. Quatre fosses communes ont été découvertes
sur le site.
Vue générale de l’hôpital Al-Shifa, dans le nord de Gaza, après 14 jours de siège par l’armée israélienne, 1er avril 2024.
À Gaza, le ministère de la Santé palestinien a recensé près de 170 000 blessés entre octobre 2023 et octobre 2025. Ce nombre est exceptionnellement élevé. Il s’explique par l’intensité des bombardements qui touchent tout le territoire, déjà densément peuplé et où la population n’a aucune échappatoire, ainsi que par les règles d’engagement de l’armée israélienne : cette dernière n’hésite pas à assumer un grand nombre de victimes civiles lorsqu’elle cible un objectif militaire.
Fayez et Wesam sont tous deux médecins, ils travaillent dans une clinique MSF dans la ville de Gaza. Début septembre 2025, ils décrivent leur quotidien, alors que l'offensive israélienne s'intensifie dans le nord de la bande de Gaza.
En novembre 2024, le Bureau des droits de l’homme de l’ONU indiquait que près de 70 % des victimes de la guerre à Gaza étaient des enfants et des femmes. Fin août 2025, l’OMS estimait qu’au moins 15 600 personnes dont 3 800 enfants avaient besoin d’une évacuation médicale, faute de prise en charge disponible dans Gaza. Il faut pour cela une autorisation préalable du ministère de la Santé gazaoui et du COGAT, l’organisme de l’armée israélienne qui gère les affaires civiles des Palestiniens dans les territoires occupés. Les décisions du COGAT sont opaques, souvent arbitraires. Parfois, les blocages se situent au niveau des pays d’accueil, comme la France. L’Hexagone a d’ailleurs brutalement suspendu les évacuations médicales vers son territoire début août 2025 sur décision de son ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, au prétexte de publications antisémites d’une étudiante accueillie en France.
Emad, 36 ans, a été évacué avec sa famille de Gaza vers la France en mars 2025. Responsable des soins infirmiers, Emad a travaillé durant neuf années avec MSF dans plusieurs établissements de santé de la bande de Gaza. Sa petite fille Sila, 7 ans, souffre d’une maladie cardiaque congénitale, à l’origine de leur évacuation vers la France, où elle est désormais suivie régulièrement.
À Gaza, le personnel médical est confronté à des situations extrêmes.
Les établissements de santé font
face
à des afflux de blessés qui submergeraient n’importe quel hôpital, même parfaitement équipé.
Or, en raison
du siège, ils manquent de tout. Les soignants ont raconté avoir dû pratiquer des césariennes ou des
amputations, parfois sur des enfants, sous légère sédation ou en ayant recours à des antidouleurs, faute
d’anesthésiant disponible. Le système de santé gazaoui, déjà affaibli par plus de seize ans de blocus
avant
la guerre, a été détruit. En juillet 2025, avant l’offensive israélienne sur la
ville de Gaza, l’OMS recensait 2 085 lits disponibles dans toute l’enclave, qui compte environ 2,3
millions d’habitants.
Le 8 juin 2024, dans le cadre d’une opération militaire pour libérer quatre otages, l’armée israélienne a
mené une attaque d’ampleur dans le centre de la bande de Gaza, à Nuseirat. Selon le ministère de la Santé,
274 personnes ont été tuées.
Des centaines de patients sont arrivés à l’hôpital Al-Aqsa à Deir Al-Balah,
certains soignés à même le sol faute de lits disponibles.
C’était le chaos total dans les urgences, rapporte la référente médicale MSF sur place, Karin Huster, qui a pris cette photo. Des enfants complètement gris ou blancs à cause du choc, brûlés, appelant leurs parents, d’autres ne pouvant pas crier parce qu'ils sont en état de choc… Rien, absolument rien ne justifie ce que j'ai vu.
Depuis que l’électricité a été coupée à Gaza, le 11 octobre 2023, les hôpitaux dépendent entièrement de groupes électrogènes pour fonctionner. Les systèmes électriques étant sous tension et le fuel rationné, les coupures de courant sont fréquentes, y compris dans les salles d’opération, comme ici à l’hôpital Nasser fin novembre 2023. Surprise par une panne, l’équipe médicale du bloc utilise la lumière de téléphones portables pour remplacer la lampe scialytique, pendant qu’un chirurgien de MSF opère un adolescent blessé par un éclat d’obus.
Le docteur Mohammed Obeid, qui témoigne dans cette vidéo, a été arrêté le 26 octobre 2024 par l’armée
israélienne avec plusieurs autres membres du personnel soignant de l’hôpital Kamal Adwan, dans le nord de
la
bande de Gaza, lors d’une opération militaire menée contre cet établissement de santé. Un an plus tard, il
était toujours détenu par Israël.
Entre octobre 2023 et juillet 2025, Israël a détenu au moins 405 professionnels de santé, selon l’ONG
Health
Workers Watch. Deux spécialistes, Adnan Al-Bursh, chirurgien et chef du service d’orthopédie de l’hôpital
Al-Shifa, et Eyad Al-Rantisi, directeur du centre de santé des femmes de l’hôpital Kamal Adwan, sont morts
en détention. De nombreux témoignages de soignants gazaouis, recueillis notamment par l’ONG
Physicians for
Human Rights en Israël, ont fait état de tortures et de privations.
Nous manquons de matériel et nous avons beaucoup de cas, nous avons amputé sous légère sédation (...) Nous l’amputons devant sa mère et sa sœur parce qu’il n’y a pas de place.
Les quelque 900 employés de MSF à Gaza traversent les mêmes épreuves que le reste de la population. La
plupart ont été déplacés, certains vivent sous des tentes, leurs maisons ont été détruites et ils ont
perdu
tout ce qu’ils possédaient. Comme l’ensemble des Gazaouis,
ils souffrent d’anxiété, de dépression et
d’insomnie. Malgré l’épuisement et la terreur permanente de perdre leurs proches, beaucoup ont choisi de
continuer à soigner leurs compatriotes dans les structures de santé qui sont encore à peu près
fonctionnelles.
Le personnel de santé à Gaza, touché comme le reste de la population par la guerre et les bombardements, la faim et les déplacements, soigne sans répit, sept jours sur sept. Au début de la guerre, en décembre 2023, de retour de mission après un mois sur place, la coordinatrice d’urgence MSF Marie-Aure Perreaut Revial évoquait déjà des collègues qui travaillaient au bloc opératoire jusqu’à une ou deux heures du matin, chaque jour. « Ils sont au-delà de l’épuisement », résumait-elle.
Au chaos des afflux de blessés s’ajoute celui des déplacés qui espèrent trouver refuge dans les hôpitaux. Fin janvier 2024, MSF estimait que quelque 50 000 déplacés avaient trouvé refuge dans l’hôpital Al-Shifa, dans la ville de Gaza. Parfois, les familles accompagnent un blessé et restent une fois la prise en charge terminée.
Dessine-moi la guerre
Les enfants dans le conflit
Les enfants représentent environ la moitié de la population gazaouie. Fin mai 2025, l’Unicef recensait plus de 50 000 enfants tués ou blessés dans la bande de Gaza. En octobre 2025, le ministère de la Santé rapportait 157 décès d’enfants dûs à la famine. Une enquête menée auprès des employés de MSF et de leurs familles entre octobre 2023 et mars 2025 a montré que le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans a été multiplié par dix par rapport à la période précédant le 7-Octobre et par six pour les bébés de moins d’un mois.
Les soignants ont signalé un grand nombre de patients très jeunes qui souffrent de blessures délabrantes -
c’est-à-dire des plaies qui ont largement détruit les tissus -, qui ont eu des membres arrachés, des
fractures complexes. Les enfants qui survivent aux bombardements risquent de mourir plus tard de
complications, du fait des conditions d’hygiène et des moyens limités dans les hôpitaux. Beaucoup resteront
handicapés à vie et auront besoin d’un suivi médical régulier et complexe.
Aux blessures physiques se sont ajoutés de lourds traumatismes. Les psychologues de MSF ont relevé des
symptômes de dépression, des réactions aiguës au stress, chez des enfants qui ont tout perdu. Certains ont
manifesté leur envie de mourir. Ces blessures mentales ont sans cesse été réactivées pendant les deux années
de combats et de bombardements quasi incessants.
Depuis deux ans, les enfants de Gaza ne vont plus à l'école, les établissements scolaires ont été détruits ou transformés en abris pour réfugiés. Ils ont perdu leur maison, leur quartier, leurs repères, leurs amis, leurs jouets. La grande majorité d’entre eux a vécu plusieurs déplacements, toute sensation de « normalité » ayant disparu depuis longtemps ce qui aggrave leurs traumatismes.
À Gaza comme dans tout autre contexte de guerre, les plus jeunes sont amenés à endosser des responsabilités qui ne sont pas de leur âge. Des aînés s'occupent de leurs frères et sœurs après la mort de leurs parents ; des enfants vendent sur les marchés des boîtes de conserve de l'aide alimentaire pour acheter d'autres biens de première nécessité ; beaucoup sont chargés de ramener des bidons d'eau, parcourant de longues distances.
« Quand je serai grande, je veux devenir docteure, comme ma mère. » C’est le souhait de Deema, une petite fille de Beit Lahia, dans le nord de Gaza, qui vit depuis un an et demi avec sa famille sous une tente dans les décombres de sa maison.
WCNSF est l’acronyme de l’expression « Wounded child, no surviving family » qu’on peut traduire en français par « enfant blessé, pas de famille survivante ». Il apparaît une semaine seulement après le début des bombardements israéliens sur la bande de Gaza, alors que les humanitaires cherchent à rendre compte de l’afflux inédit d’orphelins dans les hôpitaux gazaouis. Certains de ces enfants sont difficiles à identifier : ils arrivent inconscients à l’hôpital ou sont parfois tout simplement trop petits pour connaître leur nom. Les parents se sont mis à écrire le nom des enfants sur leurs corps pour qu'ils puissent être identifiés en cas de bombardement. Selon le bureau des statistiques palestinien, au printemps 2025, plus de 39 000 enfants à Gaza avaient perdu un ou leurs deux parents. À Gaza, les familles vivent souvent dans le même immeuble, chaque génération se partageant les étages. Les bombes israéliennes, en détruisant les habitations, ont décimé des lignées entières.
Les enfants sont les plus affectés parce qu’ils n’ont pas toujours la capacité d’expliquer ce qui leur arrive.
Ces dessins ont été réalisés par des enfants de moins de 15 ans à l’hôpital Al-Aqsa à Deir Al-Balah et collectés par les psychologues de MSF entre novembre 2023 et mai 2024.
« Au-delà de la violence dévastatrice que le dessin dépeint, il y a deux mondes.
Un monde jaune,
avec
de belles maisons et un soleil radieux. Et un monde rouge, avec des parties de corps démantelées,
mises en pièces. Comme un besoin de purger quelque chose d'une réalité profondément douloureuse,
trop
blessante pour être contenue dans l'esprit et le cœur d'un enfant. Et bien que nous voyions les
missiles tomber du ciel, ce qui est également frappant, ce ne sont pas les maisons qui sont
détruites,
mais les corps. C'est une réalité qu'il est impossible d'imaginer pour un enfant de cet âge. C'est
comme s'il y avait un avant et un après dans ce dessin. Le monde du soleil, où la couleur choisie est
le jaune, une couleur de lumière, de joie. Et puis l'attaque. Et un monde qui devient vraiment
chaotique. Un monde où les corps humains sont en quelque sorte réduits à l'état d'objets et
peuvent
être démontés comme on le ferait avec une marionnette ou une poupée.
C'est assez effrayant ».
Témoignage d’Audrey McMahon, psychiatre MSF
Une population traumatisée
Les soignants face à la souffrance psychologique
Témoignages du Dr. Abou Abed Moughaisib, responsable des activités médicales MSF à Gaza, d’une soignante MSF dont le témoignage a été anonymisé pour des raisons de sécurité, et d’Audrey Mc Mahon, psychiatre MSF basée à Jérusalem. Tous trois décrivent l’impact du conflit sur la santé mentale des Gazaouis. En septembre 2025, le Dr. Abou Abed Moughaisib a été évacué de la bande de Gaza vers l’Irlande.
Le plus difficile est d’entendre votre petite fille de moins de trois ans vous demander : « Maman, la
maison a été bombardée ? Maman, je veux rentrer chez moi. Maman, quel est ce bruit ? » Une petite fille qui sait faire la différence entre le son d'un hélicoptère Apache et celui d'un hélicoptère F 16.
J'étais très stressé à l'idée de les garder près de moi. Mes fils sont grands. Ce sont deux adultes. Mais j'agissais comme s'ils avaient cinq ou six ans. À un moment donné, j'ai senti que j'allais les perdre, que leur identité et leur personnalité ne seraient plus les mêmes.
Souvent, à cause des bombardements ou de l'insécurité, le personnel médical a dû laisser des patients derrière eux. Et beaucoup d'entre eux partagent un sentiment de culpabilité de ne pas pouvoir faire plus.
POINTS DE PASSAGE
Restrictions de mouvement et pénurie organisée
En 2007, à l’arrivée au pouvoir du Hamas à Gaza, Israël a soumis l’enclave palestinienne à un strict blocus terrestre, maritime et aérien. Des tunnels de contrebande vers l’Égypte permettent le développement d’une économie parallèle contournant le blocus. Après le coup d’État du maréchal Al-Sissi en 2013, l’armée égyptienne entreprend leur destruction. Depuis 1967, aux yeux du droit international, Israël est la puissance occupante à Gaza, et ce même après le retrait des colons israéliens en 2005. Les autorités israéliennes contrôlent ce qui entre et sort de l’enclave, surveillent l’espace aérien via des drones qui survolent en permanence le petit territoire, sans compter les opérations militaires que l’armée y mène régulièrement avant le 7-Octobre.
Le 9 octobre 2023, deux jours après l’attaque du Hamas et d’autres groupes armés palestiniens en Israël, le
ministre de la Défense israélien, Yoav Gallant, a annoncé le siège complet de l’enclave : « Il n’y aura pas
d’électricité, pas de nourriture, pas de carburant, tout est fermé ».
Cette déclaration a été relevée par la
Cour internationale de Justice dans le cadre de la plainte déposée par l’Afrique du Sud, dans laquelle
Israël y est accusé de génocide. Ce premier siège a duré 15 jours.
Le 2 mars 2025, en pleine trêve, Israël a à nouveau imposé un blocus total, très partiellement levé le 18 mai 2025. Au cours de ces deux années de guerre, l'aide humanitaire a été tour à tour instrumentalisée, utilisée comme moyen de pression, assujettie à des conditions ou purement et simplement bloquée par les autorités israéliennes. Face à cette situation, la communauté internationale s’est contentée de déclarations sans effet.
Le point de passage de Rafah à la frontière avec l’Égypte a été fermé dès que l’armée israélienne s’en
est emparée le 7 mai 2024. Il était l’unique porte de sortie de Gaza pour les Palestiniens depuis le
début de la guerre. Fin 2023, le passage, négocié auprès d’une compagnie proche du régime égyptien,
coûtait entre 4 500 et 6 000 euros pour un adulte, plus de 2 000 euros pour un enfant - une fortune pour
les Palestiniens. Certains patients dans un état critique et des ressortissants binationaux ont
également pu être évacués via Rafah, après un contrôle sécuritaire effectué par les autorités
israéliennes.
Depuis octobre 2023, c’était aussi par Rafah que rentraient les travailleurs humanitaires étrangers à
Gaza. Aujourd’hui, ils doivent passer par la Jordanie puis par les points de passages israéliens de
Kerem Shalom (Karem Abou Salem en arabe), tout au sud de la bande de Gaza, ou encore de Kissoufim, au
niveau de Khan Younès. Les rotations sont plus restreintes - environ une vingtaine d’employés
internationaux de MSF se relaient chaque mois pour soutenir le personnel médical palestinien.
Rafah, sud de Gaza, 24 novembre 2023.
Le 13 octobre 2023, l’armée israélienne a ordonné l’évacuation du nord de la bande de Gaza et coupé l’enclave en deux. Le nord, dont la ville de Gaza, la plus grande de l’enclave, est isolé pendant des mois. Deux axes le relient au sud : la route Al-Rashid, qui longe la mer, et la rue Salah Eddine, un peu plus dans les terres. L’armée y a placé des checkpoints et contrôle ceux qui fuient vers le sud via des systèmes de reconnaissance faciale. Des Gazaouis comme le poète Mosab Abu Toha rapportent que les soldats donnent des ordres à certains déplacés via des haut-parleurs : « Le monsieur au T-shirt rouge et aux lunettes, sur le côté » ! Ceux qui sont immobilisés sont fouillés et souvent arrêtés. Certains, comme Mosab Abu Toha, finissent dans des camps de détention dont celui de Sde Teiman, dans le Néguev en Israël, où de nombreux cas de tortures ont été signalés. Ici, le 7 avril 2024, des Palestiniens ayant trouvé refuge à Rafah, tout au sud, remontent vers Khan Younès, après le retrait des troupes israéliennes.
Cette photo aérienne montre des milliers d’habitants quittant le centre de l’enclave pour rejoindre à pied la ville de Gaza, dans le nord, le 27 janvier 2025. Lors de la deuxième trêve, Israël a rouvert ce passage pour la première fois depuis le début de la guerre. Auparavant, l'armée israélienne interdisait aux Palestiniens qui avaient quitté le nord de Gaza d'y retourner. En octobre 2025, après l’entrée en vigueur du troisième cessez-le-feu, les mêmes colonnes de Gazaouis se pressant pour retourner chez eux se sont à nouveau formées quelques heures après l’arrêt des bombardements.
Durant l’hiver 2023-2024, le nord de Gaza, qui comptait encore 300 000 personnes, a été complètement isolé par les autorités israéliennes. L’aide humanitaire, qui est acheminée par le sud de la bande de Gaza, y était alors drastiquement réduite. Lorsque ce témoignage a été enregistré, la situation était catastrophique. Dans les mois qui ont suivi, l’acheminement de l’aide, du sud vers le nord, est resté extrêmement compliqué, une grande partie des missions humanitaires étant refusée par les autorités israéliennes ou annulée pour des raisons logistiques ou encore de sécurité. L’axe routier reliant le nord au sud a été complètement rouvert pendant la deuxième trêve, à partir de la fin du mois de janvier 2025.
Il y a une grande hypocrisie à parler des voies maritimes et des largages aériens.
Il ne s'agit pas du tout d'un problème logistique. Le vrai problème est politique.
Le gouvernement israélien refuse d'autoriser l'entrée de l'aide humanitaire
à Gaza.
Les camions qui transportent l’aide humanitaire à destination de Gaza doivent tous être approuvés par le
COGAT, l’administration qui, au sein de l’armée israélienne, s’occupe des affaires civiles des Palestiniens
vivant en Cisjordanie et à Gaza. Les autorités israéliennes se réservent le droit de refuser ce qu’elles
qualifient d’équipements à « double usage »,
c’est-à-dire qui pourraient servir à des fins militaires. Le
COGAT a publié une liste de ce type d’objets, qui est régulièrement modifiée selon des critères arbitraires.
Depuis début mars 2025 par exemple, les générateurs,
qui étaient parfois autorisés, sont interdits. Depuis
plus d’un an, les stations de dessalement sont également bloquées.
Parfois, le COGAT demande la composition exacte de produits comme le savon, les produits détergents, ou
encore la lessive en poudre.
Ces produits sont essentiels pour l’hygiène dans les établissements de santé et
pour la population, cependant les fabricants ne fournissent pas cette documentation pour des raisons de
propriété intellectuelle.
Chaque organisation soumet au COGAT la liste des fournitures qu’elle veut acheminer à Gaza. Une fois cette
liste validée, le chargement est inspecté au point de passage. Parfois, malgré l’approbation reçue en amont,
un équipement peut être refusé. Dans certains cas, c’est le camion entier qui doit faire demi-tour. Ce
mécanisme de contrôle des chargements d’aide humanitaire est long et opaque.
En juillet 2025, en moyenne, seuls 28 camions par jour ont été autorisés à distribuer de l'aide à Gaza. Le
plan Trump, présenté le 29 septembre 2025, prévoit de faire entrer 600 camions par jour mais il en faudrait
plus de 1 000 pour satisfaire correctement les besoins de la population gazaouie privée de tout.
Kerem Shalom, sud de Gaza, 29 mai 2025.
Des camions transportant de l’aide humanitaire sont bloqués côté égyptien au point de passage de Rafah, le 2 mars 2025 après le début du siège de l’enclave par l’armée israélienne. Début octobre 2025, MSF avait encore 206 tonnes de commandes internationales destinées à Gaza retenues en Egypte, à Amman, en Israël ou dans les centres logistiques de l’ONG en Europe.
Ce graphique montre le nombre de camions que MSF a pu faire entrer dans la bande de Gaza
entre janvier et mi-septembre 2025. Durant la deuxième trêve, de fin janvier à mars 2025, les organisations
internationales ont pu travailler de manière efficace et acheminer une aide significative à la population
gazaouie sans toutefois répondre à tous les besoins.
Après le siège complet de l’enclave palestinienne entre le 2 mars et le 18 mai 2025, les flux sont restés
très restreints. Les autorités israéliennes ont aussi créé des pénuries localisées en fermant certains
points de passage. Le 12 septembre 2025, juste avant le lancement de l’offensive terrestre sur la ville de
Gaza, elles ont fermé Zikim, le deuxième point de passage le plus important après Kerem Shalom. Près de 50%
de l’aide y transitait, alimentant tout le nord de l’enclave que l’armée entendait vider de ses habitants
avant de conquérir la ville.
Au fur et à mesure des pénuries, les camions qui réussissent à entrer dans la bande de Gaza deviennent la
cible de pillages. En septembre 2025, sur les 991 camions du Programme alimentaire
mondial parvenus à l’intérieur de l’enclave, un seul a atteint les entrepôts.
Ces pillages trouvent en partie leur origine dans le désespoir extrême des Gazaouis soumis à la faim et aux
pénuries organisées par les autorités israéliennes. Après des mois de guerre, le tissu social s’est
désagrégé, laissant place à un chaos organisé par l’armée israélienne elle‑même. Cette dernière a
systématiquement visé les policiers palestiniens qui encadraient les chargements, qu’elle a assimilés au
Hamas car ils étaient fonctionnaires de l’administration locale, mettant ainsi en péril la sécurisation des
convois. Elle a surtout encouragé des groupes de pillards,
dont celui du trafiquant Abu Chabab qui a reconnu
en juillet 2025 coopérer avec les militaires israéliens dans le sud de Gaza, se déplaçant librement dans les
zones qu’ils contrôlent.
Des Palestiniens accourent pour tenter de récupérer des colis largués par voie aérienne dans le nord de la
ville de Gaza, le 23 avril 2024. Face aux menaces grandissantes de famine et faute de volonté politique pour
obliger Israël à laisser entrer davantage d’aide, notamment dans le nord de la bande de Gaza, quelques pays
dont la France ont organisé des largages aériens début 2024 puis en août 2025.
Ce procédé, humiliant pour les Gazaouis, a entraîné la mort de plusieurs personnes, tuées par un colis dont
le parachute n’avait pas fonctionné ou qui se sont noyées en tentant de récupérer des cartons tombés à
l’eau. Les largages aériens fournissent un volume d'aide humanitaire bien inférieur à celui acheminé par
voie terrestre :
en août 2025, la France a annoncé larguer 40 tonnes, soit l’équivalent du chargement de
deux camions.
Pour ne pas créer de chaos supplémentaire et atteindre ceux qui en ont le plus besoin, les humanitaires
prennent soin d’organiser les distributions et de les annoncer à l’avance. Il est crucial qu’elles soient
opérées par des employés présents physiquement sur place, pour garder contact avec la population et évaluer
les besoins in situ.
La peur au ventre
La famine comme arme de guerre
Le 29 février 2024, 118 Palestiniens ont été tués et 760 autres blessés en
attendant un convoi d’aide humanitaire.
L’armée israélienne a fini par admettre qu’elle avait tiré sur la foule, car certaines personnes s’étaient
avancées vers ses troupes. Ce qui a été depuis baptisé le « massacre de la farine » marque la première
conséquence terrifiante de la stratégie israélienne d’utilisation de la faim comme arme de guerre. Sous le
joug d'un siège qui n’est autre qu’une énième punition collective,
les Palestiniens de Gaza sont confrontés
à de graves pénuries alimentaires et médicales.
Durant l’hiver 2023-2024, puis à l’automne 2024, c’est dans le nord de l’enclave que les Palestiniens ont le
plus souffert. Certains - des membres du personnel de MSF notamment - ont expliqué avoir dû manger de la
nourriture pour animaux faute de mieux. Les autorités israéliennes ont pour objectif de pousser les
habitants du nord vers le sud de Gaza. Là-bas,
la nourriture est un peu plus disponible mais elle n’est pas
équilibrée :
il s’agit principalement de boîtes de conserve, il n’y a ni viande, ni fruits, ni légumes.
Au printemps 2025, pendant deux mois et demi, Israël a imposé un siège complet et pendant près de 80 jours,
rien n’est entré dans l’enclave palestinienne. Ces restrictions n’ont été que partiellement levées par la
suite et la bande de Gaza a continué à souffrir de graves pénuries.
Le 22 août 2025, l’ONU y a
officiellement déclaré l’état de famine. En deux ans, 463 personnes dont 157 enfants sont mortes de faim à
Gaza, selon le ministère de la Santé.
En plus d’entraver ou de bloquer l’aide humanitaire, les autorités israéliennes ont aussi tenté de la
contrôler en écartant les ONG internationales et l’ONU. Au printemps 2025, elles ont essayé de démanteler le
système humanitaire en place depuis des décennies.
Elles l’ont remplacé par une obscure officine, la Gaza
Humanitarian Foundation (GHF), qui n’a mis en place que quatre centres d’aide, extrêmement militarisés et
tous situés dans le sud et le centre de l’enclave.
Les distributions ne sont pas clairement annoncées. Entre
fin mai et début août 2025, les Nations Unies ont rapporté que près de 1400 Palestiniens ont été tués en
allant chercher de la nourriture, dont 859 près des sites de distribution de la GHF et 514 vers le point
d’entrée des camions à Zikim, dans le nord de la bande de Gaza. Ces distributions s’inscrivent dans un
système qui déshumanise totalement les Palestiniens.
Des enfants touchés à la poitrine alors qu'ils cherchaient de la nourriture. Des personnes écrasées ou étouffées dans des bousculades. Des foules entières qui se font tirer dessus aux points de distribution. Les sites de la GHF, simulacres de distribution d’aide, se sont transformés en un véritable laboratoire de traitements inhumains et cruels.
Cela doit cesser immédiatement.
Nous avons entendu parler du centre d'aide à Rafah, dans la région d'Al-Sultan. Je m'y suis rendu avec quelques jeunes de ma famille. Nous y sommes allés vers 23 heures, car il y a généralement beaucoup de monde là-bas, vraiment beaucoup de monde. Si vous y allez plus tard, vous n'obtiendrez rien. Nous sommes arrivés et nous avons commencé à avancer ; des gens étaient déjà devant nous. Nous nous sommes approchés du rond-point Al-Alam. Vers 3 heures du matin, des tirs nourris ont commencé. Il y avait des tirs provenant d’un quadricoptère, d’un hélicoptère Apache, des chars, des bateaux de la marine et des soldats eux-mêmes. Il y a eu beaucoup de blessés. Une balle m'a touché à la jambe. Au début, j'ai cru que je l’avais vraiment perdue. Je portais un jean et une ceinture. J'ai enlevé ma ceinture et je l'ai attachée autour de ma jambe. Nous sommes restés piégés dans cet endroit jusqu'à 5 heures du matin. J'ai saigné de 3h10 à 5 heures du matin. Je saignais sans arrêt. Il y avait beaucoup de jeunes avec moi. L'un d'eux a essayé de me sortir de là. Il a reçu une balle dans la tête et est mort sur ma poitrine. Nous étions venus uniquement pour trouver de la nourriture, juste pour survivre comme tout le monde.
Des Palestiniens transportent des colis d'aide qu'ils ont réussi à se procurer après l’entrée de camions
humanitaires à Zikim, dans le nord de la bande de Gaza.
Beit Lahia, nord de Gaza, 29 juillet 2025.
Les « takiyas », ici à Nuseirat dans le centre de la bande de Gaza, sont des sortes de soupes populaires
présentes dans toute l’enclave. Elles sont issues d’une vieille tradition des grands repas collectifs de
l’iftar, la rupture du jeûne, offerts par les plus aisés dans leur quartier.
Les ingrédients sont
souvent rudimentaires : pâtes, riz, légumineuses, etc., mais elles constituent un rempart efficace
contre la faim pour les familles les plus démunies. Nombre de ces cuisines communautaires ont été la
cible de frappes israéliennes tout au long de la guerre.
Nuseirat, centre de Gaza, 4 septembre 2025.
Une mère palestinienne déplacée porte sa fille de cinq ans, qui souffre de malnutrition, à Deir Al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 24 décembre 2024. En juillet 2025, les équipes de MSF constataient une malnutrition généralisée chez les femmes enceintes, causant notamment des accouchements prématurés. « C'est la troisième fois que je viens à Gaza et je n'ai jamais rien vu de tel. Les mères me demandent de la nourriture pour leurs enfants, les femmes enceintes de six mois ne pèsent souvent pas plus de 40 kilos », témoignait Joanne Perry, médecin à MSF. Selon l’organisation Action contre la Faim, la malnutrition des enfants a augmenté de 700 % à Gaza depuis le début de la guerre. La faim affecte tout le monde, y compris les membres palestiniens du personnel de MSF : tous ont rapporté avoir perdu du poids, parfois plus d’une dizaine de kilos.
Témoignage du Dr Abou Abed Moughaisib, responsable des activités médicales de MSF à Gaza, décrivant les effets de la famine sur le corps humain, juillet 2025.
Avec le siège imposé par les autorités israéliennes à Gaza, l’eau et l’électricité ont été coupées, les
points de passage fermés puis ouverts au compte-goutte, entraînant des pénuries de nourriture jusqu’à créer
une famine. Plusieurs ONG, dont Human Rights Watch, ont accusé Israël d’utiliser la faim et la privation
d’eau comme armes de guerre contre la population à Gaza.
Israël y a systématiquement détruit la souveraineté alimentaire : les terres agricoles ont été bombardées ou
détruites par les bulldozers. Les champs et vergers, situés majoritairement en lisière de l’enclave, ont été
transformés en zones militaires sous contrôle israélien. Durant ces deux années de guerre, les Gazaouis sont
devenus totalement dépendants de l’aide alimentaire que les autorités israéliennes n’ont eu de cesse de
bloquer ou de restreindre. C’est l’un des éléments qui caractérisent le génocide à Gaza.
Des obus israéliens explosent dans le port de la ville de Gaza, le 11 octobre 2023. Le blocus instauré par Israël en 2007 avait déjà restreint le secteur de la pêche dans l’enclave à un périmètre limité. L’armée israélienne modifiait régulièrement les zones de pêche autorisées, n’hésitant pas à tirer sur les embarcations s’aventurant trop au large. Le port de Gaza a depuis été largement détruit et les Palestiniens qui tentent de pêcher pour nourrir leur famille sont aussi pris pour cible.
Au fil des mois, les autorités israéliennes ont délibérément privé la population de Gaza d'eau, dont la quantité disponible par personne et par jour est insuffisante pour couvrir les besoins de base.
Pris pour cibles
L’anéantissement du système de santé et des structures de soins
Témoignage du Dr Ahmed Moghrabi, chirurgien, décrivant des jours « d'horreur » à
l'hôpital Nasser.
Source : New York Times, publié le 24 janvier 2024
Après une trêve de sept jours fin novembre 2023, les combats ont repris le 1er décembre. L’armée israélienne a avancé vers Khan Younès, grande ville du sud de Gaza. L’hôpital Nasser, le deuxième plus grand de l’enclave, a été assiégé puis attaqué par l’armée israélienne. Cette dernière a notamment affirmé y chercher des otages en vie ou leurs corps. Le personnel de MSF présent dans une partie de l’hôpital a consigné les différentes attaques et incidents entre décembre 2023 et fin février 2024, sans avoir toutefois de visibilité sur l’ensemble des bâtiments de cet immense complexe hospitalier.
La maternité de Nasser est ciblée. Une petite fille de 13 ans est tuée
et plusieurs
autres
personnes sont blessées.
Bombardements violents autour
de Nasser après des ordres d’évacuation des blocs 64 et
112,
situés à proximité de l’hôpital.
Tir d’obus israélien sur un abri
où se trouvent plus de 100 membres
du personnel
MSF et leurs
familles
à Khan Younès. La petite fille de l’un d’entre eux, âgée de cinq ans, est tuée.
« Le 15 janvier, vers 15 heures, une frappe aérienne a touché des camions en train de décharger
de la nourriture. Ils étaient à environ 150 mètres de l’hôpital. Le bruit était si fort que nous
en avons eu mal aux oreilles. Quelques minutes plus tard, beaucoup de personnes blessées sont
arrivées à Nasser, certaines étaient portées par des gens, à pied, d’autres dans des ambulances
ou des voitures privées. Au total, huit personnes ont été tuées, dont deux petits garçons de 4-5
ans, et 80 ont été blessées, dont 20 ont dû être opérées. Le lendemain matin, nous avons examiné
un petit garçon de 10 ans qui avait été blessé par le souffle de l’explosion, juste en
traversant la rue. »
Rapport de visite d’Aurélie Godard, responsable médicale, et Léo
Cans, chef de mission, à l’hôpital Nasser.
L’hôpital Nasser est complètement encerclé par les troupes israéliennes. Bombardements violents et combats tout autour de l’hôpital.
Nouvel ordre d’évacuation israélien à Khan Younès qui englobe les hôpitaux Nasser, Al-Amal et l’hôpital jordanien. Nasser est au cœur de violents combats, personne ne peut sortir, ni entrer. Toujours beaucoup de victimes, le bloc opératoire ne fonctionne pas. Le même jour, trois membres du personnel de MSF tentent d’évacuer l’hôpital sans y parvenir. Ils rapportent des tirs et des explosions tout autour de l’hôpital.
Les ambulances ne peuvent pas accéder à Nasser. Il reste trois jours de carburant.
« Les forces de défense israéliennes (FDI) sont en contact avec les directeurs d’hôpitaux et le
personnel médical, par téléphone et sur le terrain, pour s’assurer que les hôpitaux restent
opérationnels et accessibles. Les FDI ont fait savoir qu’il n’y avait aucune obligation
d’évacuer les hôpitaux. Au contraire, nous avons réitéré l’importance de sauvegarder et de
protéger ces hôpitaux (...). Les habitants de Gaza qui souhaitent quitter les hôpitaux Nasser et
Al-Amal, comme beaucoup ont choisi de le faire, peuvent passer par le corridor de la rue
Al-Bahar, située du côté ouest des hôpitaux. »
Déclaration des forces de défense
israéliennes à propos des opérations militaires en cours à Khan Younès.
Combats violents à Khan Younès, près de Nasser. L’hôpital est toujours en état de siège : environ 450 blessés, 300 personnels médicaux sur place ainsi que 10 000 déplacés.
Nasser encerclé par des chars. Des snipers tirent en direction de l’hôpital. Un infirmier est blessé d’une balle dans la poitrine.
Le siège de Nasser se poursuit. Les tirs des snipers continuent de cibler les personnes dans les bâtiments et les espaces extérieurs du complexe hospitalier. Un homme est tué à l’entrée de l’hôpital.
L’armée israélienne ordonne l’évacuation de l’hôpital Nasser. Il y a 402 patients à l’hôpital : 35 sous dialyse, 18 en soins intensifs, trois en soins intensifs néonataux, trois ou quatre femmes ayant accouché et un peu moins de 200 sur des civières. S’y ajoutent un nombre indéterminé de personnes déplacées qui ont trouvé refuge dans l’enceinte de l’hôpital. Trois personnes sont tuées, dix autres blessées à la suite de tirs israéliens à l’intérieur du complexe médical. Un bulldozer militaire israélien détruit le portail de l’entrée nord de l'hôpital, suivi d’un char. Les soldats sur place ordonnent aux personnes déplacées de sortir de l’hôpital. Un prisonnier palestinien menotté vêtu d’une combinaison blanche est par la suite envoyé par l’armée pour leur ordonner à nouveau d’évacuer. Les images disponibles en ligne, reprises par plusieurs médias, montrent qu’il a ensuite été exécuté.
Tir d’obus sur le service orthopédique: un mort et huit blessés. L’armée israélienne entre dans Nasser, elle détruit des équipements, des ambulances. Le personnel commence à évacuer l’hôpital au milieu de la nuit. Un membre du personnel de MSF est arrêté par l’armée israélienne. Il est libéré quelques jours plus tard.
« Au moment où nous écrivons ce texte, le 15 février, les forces israéliennes seraient entrées
dans l’hôpital Nasser, à Khan Younès, notamment dans la maternité, selon le ministère de la
Santé à Gaza. L’armée israélienne affirme que le Hamas retient des otages à l’intérieur de
l’hôpital ou y détient les corps d’Israéliens. »
Flash update #119 du Bureau de la
coordination des affaires humanitaires (OCHA)
Cinq patients sont décédés faute de soins en raison du manque d’électricité. L’armée israélienne a arrêté 20 personnes.
L’armée israélienne est toujours à l’intérieur de Nasser. Pas d’eau, pas de nourriture. Évacuation de 14 patients organisée par les Nations Unies et le Croissant-Rouge palestinien. Une équipe de l’OMS n’est pas autorisée à rentrer dans l’hôpital pour évaluer l’état de santé des patients et les besoins médicaux urgents, bien qu’elle ait atteint l’enceinte pour livrer du carburant. Combats toujours en cours dans la zone autour de l’hôpital. Les ambulances ne peuvent pas entrer dans l’enceinte, les patients sont transportés à pied.
L’armée israélienne se retire de l’hôpital Nasser. Évacuation de patients vers Deir Al-Balah, Khan Younès et Rafah. Pas d’eau, pas d’électricité, pas de nourriture. Des déchets et des eaux usées partout.
Évacuation de 72 cas critiques. 120 patients toujours à l’intérieur. 70 membres du personnel de santé sont toujours détenus.
Le 23 avril 2024, l’ONU réclame une enquête internationale après la découverte de fosses communes à
l’intérieur du complexe hospitalier de Nasser.
Les équipes de secours ont retrouvé 392 corps, dont une
partie seulement correspond aux dépouilles de personnes tuées ou de patients décédés pendant l’assaut qui
auraient été enterrés par le personnel soignant dans l’enceinte de l’hôpital alors assiégé.
Le 25 août 2025, l’armée israélienne bombarde l’hôpital Nasser, où se trouvent également des journalistes. Les secours, leurs consoeurs et confrères accourent pour soigner et pour témoigner. C’est à ce moment-là qu’une seconde frappe cible le même endroit. 22 personnes sont tuées, dont cinq journalistes, et 50 autres blessées. Parmi les victimes figure la photographe Mariam Abu Dagga qui collaborait régulièrement avec MSF.
Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou qualifie l’attaque d’« accident tragique » et l’armée lance une enquête. Elle affirme avoir visé une caméra du Hamas ; il s’agissait en réalité de celle du journaliste de Reuters Hussam Al-Masri, qu’il avait installée plus d’une trentaine de fois au même endroit ces derniers mois - elle était connue et visible.
L'attaque de l'hôpital Nasser racontée par trois membres du personnel de MSF.
Sur les 35 hôpitaux que compte la bande de Gaza, 17 étaient hors service en juillet 2025. Plusieurs hôpitaux de campagne ont été ouverts, mais ils ne sont qu’une solution de secours, qui ne peut pallier la destruction du système de santé.
Attaque israélienne début décembre 2023. Huit patients sont morts pendant le siège, dont un enfant de
neuf ans.
Selon des témoignages recueillis par la chaîne américaine CNN, des dépouilles ont été écrasées par les
bulldozers israéliens dans la cour de l’hôpital.
L’armée israélienne affirme avoir retrouvé des armes et des documents du Hamas lors du raid.
Fin décembre 2024, après plusieurs semaines de siège et d’attaques israéliennes, l’hôpital est mis hors
d’état de fonctionner. Au moins 50 personnes dont cinq membres du personnel sont tuées dans des
bombardements autour de l’établissement.
Le directeur de l’hôpital, le Dr Hossam Abou Safiya est arrêté le 27 décembre 2024, ainsi que 240
Palestiniens. Ses avocats affirment qu’il a été torturé.
Frappes à proximité de l’hôpital le 14 octobre 2023. L’armée israélienne appelle à évacuer
l’établissement mais plusieurs soignants décident de rester.
21 novembre 2023 : une frappe sur l’hôpital tue le Dr Ahmad Al-Sahar et le Dr Mahmoud Abu Nujaila qui
travaillaient pour MSF ainsi qu’un troisième médecin, le Dr Ziad Al-Tartari.
L’hôpital est attaqué par l’armée israélienne du 5 au 23 décembre, trois personnes sont tuées, douze
autres arrêtées.
L’armée assiège à nouveau Al-Awda puis y mène un raid en mai 2024, lors de l’offensive terrestre dans le
camp de réfugiés de Jabaliya où l’hôpital se trouve.
Le 30 mai 2025, après deux semaines de siège, Israël ordonne sa fermeture. C’était le dernier hôpital
encore fonctionnel dans le gouvernorat de l’extrême nord de Gaza.
Une frappe blesse quatre personnes et endommage l’hôpital le 14 octobre 2023.
Le 17 octobre 2023, une explosion sur le parking de l’hôpital fait plusieurs centaines de morts selon le
ministère de la Santé palestinien. Les autorités israéliennes accusent le Jihad islamique, allié du
Hamas. Les groupes armés palestiniens incriminent l’armée israélienne.
Les responsabilités de cette explosion restent indéterminées en l’absence d’une enquête indépendante sur
place. Un rapport de Human Rights Watch publié le 26 novembre 2023 évoque une munition apparemment
propulsée par une roquette, comme celles couramment utilisées par les groupes armés palestiniens.
L’hôpital est à nouveau attaqué par l'armée israélienne le 18 décembre 2023, plus de 20 membres du
personnel sont arrêtés et six sont libérés quelques jours plus tard.
Le 13 avril 2025, l’hôpital est visé par deux frappes aériennes israéliennes qui détruisent une large
partie de l’établissement. Les autorités israéliennes déclarent avoir frappé un centre de commandement
du Hamas dans l'hôpital, sans fournir de preuves. Un enfant blessé meurt pendant l’évacuation d’urgence.
L’hôpital Al-Ahli a depuis rouvert.
Le 14 juillet, l’un de ses médecins, le chirurgien Ahmad Attallah Qandil, est assassiné par une frappe
de drone ciblée alors qu’il rentrait chez lui après le travail.
Après d’intenses bombardements dans la zone autour de l’hôpital, l’établissement, spécialisé dans le
traitement des patients atteints de cancer, est évacué le 1er novembre 2023.
L'armée israélienne déclare avoir découvert et détruit des tunnels sous l'hôpital fin février 2024. Des
images satellites ainsi que des photos et vidéos postées par les soldats israéliens permettent au
journal Haaretz de conclure que l’hôpital a été transformé par la suite en base militaire israélienne.
Il est situé dans le corridor de Netzarim, où l’armée a aménagé une route qui coupe la bande de Gaza en
deux.
Le 21 mars 2025, l’armée israélienne confirme avoir fait exploser l’hôpital.
Frappé par un bombardement le 8 décembre 2023. Les 27 et 28 décembre 2023, des tirs d’obus israéliens
touchent l’hôpital et ses environs, 41 personnes sont tuées. Quelques jours plus tôt, un enfant de 13
ans est tué par un drone dans l’enceinte du siège du Croissant-Rouge palestinien, mitoyen de
l’hôpital.
Entre le 22 janvier et le 22 février 2024, l’ONU recense 40 attaques sur l’hôpital qui font 25 morts et
détruisent largement la structure.
Fin mars 2024, l’armée israélienne impose une nouvelle évacuation de l’hôpital. Deux corps de personnes
tuées y sont retrouvés. Le 26 mars 2024, la fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et
du Croissant-Rouge annonce la fermeture de l’hôpital en raison des combats autour et dans
l’établissement depuis plus de quarante jours. Il a depuis rouvert.
Le 15 novembre 2023, après plusieurs jours de siège, les troupes israéliennes envahissent l’hôpital
Al-Shifa, le plus important de la bande de Gaza, et ordonnent son évacuation. Israël affirme qu’il
abrite un centre de commandement du Hamas, mais peine à présenter des preuves convaincantes selon la
grande majorité des médias internationaux. La mission de l’OMS qui finit par atteindre l’hôpital
quelques jours plus tard parle d’une « zone de mort ». Au moins quarante personnes dont huit bébés
prématurés meurent faute d’électricité disponible pour faire fonctionner les incubateurs et les
appareils de dialyse.
Une deuxième attaque majeure est menée par l’armée israélienne contre l’hôpital du 18 mars au 1er avril
2024 ; 21 patients meurent faute de soins selon l’OMS et au moins 500 personnes sont arrêtées. Al-Shifa
est en grande partie laissé en ruine. Des fosses communes avec des dizaines de corps sont découvertes
dans la cour de l’hôpital.
Des membres du Croissant-Rouge palestinien se recueillent devant les corps de 15 secouristes tués par
l’armée israélienne à Rafah - huit employés du Croissant-Rouge, six de la défense civile de Gaza et un
Palestinien qui travaillait à l’UNRWA. Leurs dépouilles ont été retrouvées ensevelies dans le sable, à côté
de leurs véhicules de secours clairement identifiés le 30 mars 2025, une semaine après leur assassinat.
Khan Younès, sud de Gaza, 31 mars 2025.
Les restes de l’un des véhicules du convoi de l’ONG américaine World Central Kitchen, après l'attaque du 1er
avril 2024, au cours de laquelle sept employés de l'organisation ont été tués.
Deir Al-Balah, centre de Gaza, 2 avril 2024.
Principales attaques contre les travailleurs humanitaires
Des tirs de la marine israélienne touchent et endommagent un pavillon où sont logés les employés de l’UNRWA sur la côte à Rafah, sans faire de blessés.
Une frappe israélienne sur les locaux du Croissant-Rouge palestinien, juste à côté de l’hôpital Al-Amal, tue cinq personnes, des déplacés, dont un enfant de cinq ans. L’insigne de l’organisation était clairement dessinée sur le toit du bâtiment touché.
Six Palestiniens sont tués dans un bombardement sur une ambulance à Deir Al-Balah : quatre secouristes du Croissant- Rouge palestinien et les deux patients qu’ils transportaient. L’organisation attribue la frappe à l’armée israélienne.
Un convoi de l’UNRWA - dix camions et deux véhicules blindés clairement identifiés - est visé par des tirs de la marine israélienne alors qu’il attendait pour passer dans le nord de Gaza. L’attaque ne fait aucun blessé. Le trajet avait été préalablement coordonné avec l’armée israélienne.
Au cours d’une opération militaire à Al-Mawasi, un char israélien tire sur une maison abritant des employés de MSF et leurs familles. Cette attaque tue deux personnes et en blesse six autres. Le bâtiment était clairement identifié avec le logo de MSF. Aucun ordre d’évacuation n’a été émis avant l’attaque.
Sept employés de l’ONG américaine World Central Kitchen - six étrangers et un palestinien - sont tués lors de l’attaque de leur convoi par des drones israéliens à Deir Al-Balah. Le trajet du convoi avait été coordonné à l’avance avec les autorités israéliennes et les véhicules étaient clairement identifiés avec le logo de l’organisation. Selon le journal israélien Haaretz, trois missiles ont été tirés en quelques minutes. Après la première frappe, le groupe d’humanitaires s’est réfugié dans un véhicule qui a été visé à son tour. Blessés, ils ont tenté de se protéger dans le dernier véhicule mais ont été tués par une troisième frappe. L’armée israélienne a reconnu par la suite une « grave erreur » et renvoyé deux hauts gradés.
Le bureau du Comité international de la Croix-Rouge à Gaza, situé dans la zone d’Al-Mawasi, est endommagé par des tirs « de gros calibre » qui tuent 22 personnes et en blessent 45 autres parmi les déplacés qui sont installés à proximité. L’armée nie avoir mené une attaque directe contre le bâtiment de l’organisation mais ouvre une enquête.
Le siège de l’UNRWA, situé dans la ville de Gaza, est largement détruit par une attaque au cours de laquelle douze personnes déplacées et trois gardes sont blessés. L’armée israélienne affirme y avoir affronté des combattants palestiniens et découvert des armes. L’organisation onusienne demande une enquête. Elle avait quitté les lieux le 12 octobre 2023 après d’intenses bombardements.
Une équipe du Programme alimentaire mondial est la cible de tirs à quelques mètres d’un checkpoint de l’armée israélienne après avoir escorté un convoi d’aide humanitaire. Personne n’est blessé, les véhicules blindés sont touchés par au moins dix balles. Le trajet de l’équipe avait été coordonné avec l’armée israélienne.
Un bombardement israélien tue cinq personnes dans une voiture à Deir Al-Balah, dans le centre de Gaza, dont trois employés palestiniens de l’ONG World Central Kitchen. Israël revendique cette frappe, affirmant que l’un d’eux avait participé aux attaques du 7 octobre. Sa famille a fermement rejeté ces accusations.
Un tir de char israélien sur le bâtiment du Bureau de l’ONU pour les services d’appui au projet (UNOPS) à Deir Al-Balah, dans le centre de Gaza, tue un de leurs employés et en blesse cinq autres. L’armée israélienne, à qui l’ONU avait communiqué l’emplacement de ses locaux, reconnaît être à l’origine du tir dans une enquête interne.
Les corps de quinze secouristes palestiniens, tués par l’armée israélienne, sont retrouvés dans une fosse commune à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Huit travaillaient pour le Croissant-Rouge palestinien, six étaient membres de la défense civile palestinienne et un autre était un employé de l’UNRWA. Le 23 mars, ils étaient partis porter secours aux survivants d’un bombardement. Selon l’ONU, les victimes ont été ensevelies sous le sable, à côté des épaves de leurs véhicules - des ambulances identifiées, un camion de pompier et une voiture de l’ONU. L’armée a interdit l’accès à la zone pendant plusieurs jours. Elle affirme que les secouristes se sont approchés de ses soldats sans s’identifier, ce que contredisent les véhicules retrouvés, clairement identifiés, et les images contenues dans le téléphone de l’un des secouristes. Selon la Croix-Rouge internationale, il s’agit de l’attaque la plus meurtrière visant son personnel ces huit dernières années dans le monde.
Le 18 novembre 2023, des employés de MSF et leurs familles - plusieurs dizaines de personnes - sont enfin
autorisés à évacuer vers le sud, après plusieurs jours passés dans la clinique MSF, pris au piège d’intenses
combats dans la ville de Gaza. L’organisation a informé les deux parties au conflit de ce mouvement. Le
convoi de cinq voitures, toutes identifiées avec le logo MSF, emprunte l’itinéraire indiqué par l’armée
israélienne. Durant plusieurs heures, les employés de MSF et leurs familles sont bloqués au checkpoint
séparant le nord du sud de Gaza. Après avoir entendu des coups de feu, le convoi décide de faire demi-tour
et de rentrer à la clinique MSF. Ils avertissent l’organisation pour coordonner leur mouvement vers la ville
de Gaza.
Sur le chemin du retour, entre 15h30 et 16h, le convoi est attaqué dans la rue Al-Wahida, à proximité du
bureau de MSF.
Deux des voitures de l’organisation sont délibérément visées, tuant un infirmier
bénévole qui travaillait aux côtés des équipes MSF et blessant un membre de la famille d'un autre employé,
qui meurt de ses blessures le 22 novembre. Tous les éléments recueillis par MSF pointent vers la
responsabilité de l’armée israélienne dans cette attaque.
Le 20 novembre, les cinq véhicules MSF sont détruits et la clinique où le personnel a de nouveau trouvé refuge subit des dégâts importants. Les tirs de l’armée israélienne visent les locaux de MSF. La destruction des cinq véhicules de l’organisation oblitère toute possibilité de recueillir des preuves potentielles, essentielles à une enquête indépendante portant sur l’attaque du 18 novembre.
Les membres du personnel de MSF et leurs familles sont bloqués pendant près de deux semaines dans les locaux de l’organisation, au milieu de violents combats, sans électricité et avec un accès limité à la nourriture et à l’eau. Une autre tentative d’évacuation est avortée après la destruction de l’un des minibus de MSF venu les chercher. Le 24 novembre, le groupe est finalement évacué vers le sud de la bande de Gaza.
Isabelle Defourny, présidente de Médecins Sans Frontières en
France
Quelles sont les principales difficultés auxquelles ont été confrontés les soignants et les équipes de MSF
depuis octobre 2023 ?
Le plus difficile a été de travailler dans un environnement extrêmement dangereux, où la situation évolue
très rapidement, avec des combats, des ordres d’évacuation et des bombardements souvent indiscriminés.
Habituellement dans les zones de conflit, les structures de soins sont à l’arrière des lignes de front. Ce
n’est pas le cas à Gaza. Les hôpitaux, qui sont censés être des sanctuaires, sont pour l’armée israélienne
des lieux parmi d’autres où se joue son objectif d’éradication du Hamas.
À 20 reprises, nos équipes - et les patients qui le pouvaient - ont dû quitter des structures de santé entre octobre 2023 et juin 2025.
Elles ont été témoins de bombardements, de tirs à l’arme lourde et d’offensives terrestres autour et dans les hôpitaux. Les mouvements des équipes ont également été très dangereux. Les ONG internationales peuvent notifier aux autorités israéliennes les coordonnées des structures où leur personnel se trouve, ainsi que leurs déplacements. Mais ce système dit de « déconfliction » ne fonctionne pas. De nombreux convois humanitaires ont été visés par des tirs israéliens, parfois avec des conséquences fatales, comme en novembre 2023 quand un convoi de MSF a été attaqué, ou en avril 2024 quand sept volontaires de l’ONG américaine World Central Kitchen ont été tués par un tir israélien. Des bâtiments abritant le personnel de MSF et leurs familles ont également été visés par des tirs d’obus. Nous n’avons jamais reçu d’explications officielles sur ces attaques. L’armée israélienne les a parfois présentées comme des incidents, mais le problème, ce sont les règles d'engagement des soldats israéliens à Gaza, permissives jusqu’à la désinvolture. À cela s’ajoutent les problèmes d’accès et d’approvisionnement : malgré les déclarations des autorités israéliennes, les obstacles au déploiement de l’aide, qu’Israël justifie par des impératifs sécuritaires, sont nombreux et privent la population d’une assistance vitale.
Les assauts sur les hôpitaux sont justifiés par l’armée
israélienne par la nécessité de démanteler les infrastructures militaires du Hamas et de libérer les
otages israéliens. Que voient et rapportent les équipes MSF ?
Le statut protégé des hôpitaux oblige l’assaillant à justifier de façon très solide la perte de leur
neutralité avant de les attaquer ou de les détruire. Or, à Gaza nous assistons à une inversion de la charge
de la preuve :
les soignants et les humanitaires sont sommés de démontrer qu’ils n’ont pas d’informations
quant à la présence de bases militaires ou à la détention d’otages dans les hôpitaux.
Il faut rappeler que les équipes MSF ne sont souvent intervenues que dans certains services ou bâtiments de
complexes hospitaliers parfois très vastes, comme Al-Shifa ou Nasser. Mais si de telles informations étaient
portées à notre connaissance, nous n’aurions aucun intérêt à maintenir notre présence dans ces hôpitaux, car
cela mettrait en danger nos propres équipes.
Seule une enquête indépendante serait en mesure de confirmer les affirmations des autorités israéliennes. Or
elles s’y opposent, tout en insinuant que le personnel de santé et les humanitaires sont au mieux des
témoins silencieux, voire des complices du Hamas. Cette assimilation les expose singulièrement au danger :
au moins 565 travailleurs humanitaires ont été tués entre octobre 2023 et octobre
2025. Des membres du personnel médical et humanitaire ont aussi été intimidés, détenus, humiliés,
torturés.
Cette rhétorique légitime la mise à terre du système de santé. Elle a également été le support d’une
violente campagne contre l’UNRWA, principal pourvoyeur de l’aide humanitaire aux Gazaouis. Des accusations
d’actes criminels ont été portées contre des membres de l’UNRWA,
sans que des preuves formelles aient été
apportées, qui ont provoqué une réduction voire l’arrêt des financements de la part de certains États.
Les
travailleurs humanitaires ont un devoir d’impartialité et tout acte criminel doit faire l’objet d’enquêtes
indépendantes et de sanctions le cas échéant. Mais l’instrumentalisation d’incidents isolés, qui vise à
décrédibiliser les acteurs humanitaires et qui les met en danger doit cesser.
En septembre 2025, une Commission d’enquête internationale
indépendante de l’ONU a conclu qu’Israël a commis un génocide à l’égard des Palestiniens dans le cadre de
la guerre menée à Gaza en riposte aux attaques du Hamas le 7 octobre 2023. Que pensez-vous de cette
qualification ?
Aucun objectif militaire ne peut justifier la campagne génocidaire menée par les autorités israéliennes à
Gaza. Dès le mois de janvier 2024, la Cour internationale de Justice a évoqué dans son ordonnance un risque
plausible de génocide en relation aux actions israéliennes à Gaza, et a imposé des mesures conservatoires.
Depuis, les autorités israéliennes n’ont rien fait pour que le sort de la population s’améliore - c’est même
le contraire dont nous sommes quotidiennement les témoins : l’accélération des destructions, des ordres
d’évacuation et des déplacements forcés de population, le siège total de Gaza puis l’ouverture de certains
points de passage, au bon vouloir des autorités israéliennes, la famine créée par les autorités israéliennes
et utilisée comme arme de guerre, les obstructions toujours plus nombreuses à l’acheminement de l’aide
humanitaire, son instrumentalisation au gré des stratégies politiques et militaires israéliennes,
l’anéantissement des capacités de survie de la population, mais aussi des écoles, des mosquées, des marchés
- de toute trace présente ou passée de vie palestinienne à Gaza.
Nous avons alerté, collectivement et à plusieurs reprises, sur la guerre totale menée par Israël contre les
Gazaouis, et sur l’impossibilité de travailler dans la bande de Gaza pour les ONG. Dès le mois d’avril 2024,
nous avons témoigné de ce qui nous semblait relever d’un génocide. Par la suite, les observations de nos
équipes, consignées notamment dans le rapport de MSF Life in a death trap, publié le 19 décembre 2024, ont également corroboré la
qualification de génocide avancée par un grand nombre d’experts juridiques et d’organisations, que nous
partageons.
Dès le 13 octobre 2023, face aux déclarations de plusieurs responsables israéliens, Raz Segal, l’historien
israélien spécialiste de la Shoah et des génocides, affirme que Gaza est un « cas d’école de génocide ».
Deux mois et demi plus tard, l’Afrique du Sud porte plainte contre Israël devant la Cour internationale de
Justice et demande des mesures conservatoires à l’encontre des Israéliens pour « non-respect de la
Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza ». Pretoria est
rejoint par la Colombie, la Libye, le Mexique, la Palestine, l’Espagne, la Turquie, le Chili, les Maldives,
la Bolivie, l’Irlande, Cuba et le Belize.
Le 25 mars 2024, la rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les droits humains dans les territoires
palestiniens occupés depuis 1967, Francesca Albanese, publie un rapport intitulé « Anatomie d’un génocide »
qui affirme qu’Israël, à travers les crimes commis à Gaza, a manifesté une « intention de détruire
physiquement les Palestiniens en tant que groupe ».
« Oui, c’est un génocide », écrit aussi Amos Goldberg, historien israélien titulaire de la chaire d’études
sur la Shoah à l’université hébraïque de Jérusalem dans un article en hébreu publié par le magazine en ligne
Local Call en avril 2024. Le 5 décembre 2024, Amnesty international sort un nouveau rapport, fruit de mois
d’enquêtes, « dont les conclusions démontrent que les autorités israéliennes commettent un crime de génocide
contre la population palestinienne de Gaza. » Mi-décembre, Human Rights Watch accuse aussi Israël d’ « actes
de génocide », évoquant notamment le fait qu’Israël prive les Palestiniens d’eau, menaçant leur survie. Dans
un rapport publié à la même période, Médecins Sans Frontières déclare :
Ce que nos équipes médicales ont observé sur le terrain tout au long de ce conflit correspond aux descriptions d’un nombre croissant d'experts juridiques et d'organisations qui concluent qu’un génocide est en cours à Gaza.
Le 16 septembre 2025, une Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU affirme qu’Israël commet quatre des cinq catégories de faits qui définissent le crime de génocide, selon la Convention de 1948 pour la prévention du génocide : meurtre de membres du groupe, atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe, soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle et mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe.
Soumoud
Le 20 octobre 2023, alors que les autorités israéliennes ordonnent l’évacuation de l’hôpital Al-Awda, dans le nord de la bande de Gaza, des soignants palestiniens décident de rester avec leurs patients, malgré le danger. Parmi eux, un médecin de MSF, le Dr Mahmoud Abu Nujaila, écrit ces mots sur le tableau de service, sorte de testament : « Whoever stays until the end will tell the story. We did what we could. *Remember us* » qui peut être traduit ainsi : « Celui qui restera jusqu’à la fin racontera notre histoire. On a fait ce qu’on a pu. Souvenez-vous de nous. ». Il est tué un mois plus tard, le 21 novembre 2023.
Le 23 octobre 2023, alors que l’hôpital Al-Awda est assiégé, des soignants
se filment en train de chanter : ils protestent contre l’évacuation de l’établissement ordonnée par
l’armée israélienne. La chanson a été écrite par un docteur libyen pour l’obtention de son diplôme à
Benghazi en 2005.
« Nous resterons ici
Afin que la douleur disparaisse
Nous vivrons ici
La mélodie sera plus douce
Levons-nous tous
Avec les médicaments et la plume
Nous éprouvons de la compassion envers ceux qui luttent
contre la maladie
Continuons d'avancer vers des buts plus importants
Nous serons la meilleure nation parmi les nations
Nous resterons ici
Afin que la douleur disparaisse
Nous vivrons ici
La mélodie sera plus douce »
Le 17 avril 2024, le journaliste gazaoui Osama Al-Kahlout poste sur son compte Instagram une courte vidéo de
40 secondes tournée sur une plage de Deir Al-Balah, dans le centre de Gaza. On y voit une foule de gens,
jeunes, dans l’eau, qui s’amusent sur la plage. Ce jour-là, il fait plus de 32°C. Un plan large de la vidéo
montre les tentes des déplacés qui grignotent le sable, non loin des baigneurs. Sous la toile, la chaleur
est intenable. Depuis des mois, les Gazaouis font la vaisselle ou leur lessive dans la mer, faute de mieux.
Pour eux, la plage a toujours été un refuge. Beaucoup y allaient avant le 7-octobre, pendant le blocus : la
Méditerranée représentait un horizon, loin des appartements surpeuplés et des coupures d’électricité. La
vidéo a suscité de nombreux commentaires en Israël : journalistes et ministres y ont vu la preuve que
l’armée israélienne n’allait pas assez loin dans son offensive sur l’enclave. En France aussi, elle a été
relayée avec des commentaires ironiques et utilisée pour nier l’atrocité des attaques israéliennes
quotidiennes contre les Gazaouis.
Certains Palestiniens l’ont postée, au contraire, comme un symbole
de leur amour pour la vie.
Notion difficile à traduire, le soumoud est une manière d’être, entre résistance et résignation. Le terme apparaît dans le lexique lié à la Palestine à la fin des années 70. Il exprime le fait de « tenir bon » afin de maintenir une présence sur le sol palestinien. Pour les Palestiniens, le soumoud est une pratique politique du quotidien : il s’agit de défendre leur cause à travers des actions de tous les jours, individuelles ou collectives.
Soumoud ne signifie pas seulement la résilience psychologique, cela englobe l’action politique pour rester enraciné là où l'on est.
Et cela ne signifie pas que l'on n'a pas de douleur. Si vous êtes une femme, donner naissance à un enfant ne signifie pas que vous souffrez ou que vous êtes heureuse d'avoir un enfant. Vous pouvez souffrir et être heureuse d'avoir un enfant. Il peut y avoir une combinaison des deux.
Témoignage du Dr Abou Abed Moughaisib, responsable des activités médicales MSF à Gaza depuis plus de 20 ans, qui a pu quitter l’enclave palestinienne pour rejoindre l’Irlande en septembre 2025.
À l’initiative de la France, une série de pays ont reconnu l’État de Palestine lors de la session annuelle
de l’Assemblée générale des Nations-Unies à New-York en septembre 2025. Le 21, le Royaume-Uni, le Canada,
l’Australie et le Portugal avaient franchi le cap ; le 22, c’était au tour de la France,
de la Belgique, du
Luxembourg, de Malte, d’Andorre et de Monaco. Cette reconnaissance est avant tout symbolique, elle est
atténuée par les conditions qui y ont été attachées par le Président français : le désarmement des
Palestiniens et l’exclusion du Hamas de la scène politique. Ces exigences imposées de l’extérieur semblent
en contradiction avec l’idée même d’un État qui devait permettre l’autodétermination
du peuple palestinien.
La reconnaissance semble avoir servi d'échappatoire à ces pays pour éviter d'adopter des initiatives politiques plus efficaces, notamment en matière de soutien militaire, économique et diplomatique à Israël, et de rompre avec l'impunité dont il bénéficie.
Sur le terrain, les contours de cet État ne sont pas non plus garantis : la Palestine est chaque jour
davantage grignotée,
que ce soit par les zones militaires et les destructions à Gaza ou par l’avancée des
colonies en Cisjordanie.
Aujourd’hui, 158 des 193 États membres de l’ONU reconnaissent l'État de Palestine.
Cette exposition est dédiée aux membres du personnel de MSF
et à leurs proches tués depuis le début de
l’offensive israélienne
ainsi qu’à tous les Palestiniens qui témoignent, parfois au péril de leur vie.
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